Meta-Shawol

Matsumoto Bon Bon !


(…) Sie stand auf, und ich ward erweckt und erschüttert, blieb sitzen und hielt ihre Hand. – »Wir wollen fort«, sagte sie, »es wird Zeit«. – Sie wollte ihre Hand zurückziehen, und ich hielt sie fester. – »wir werden uns wieder sehen« rief ich, »wir werden uns finden, unter allen Gestalten werden wir uns erkennen. Ich gehe«, fuhr ich fort, »ich gehe willig, und doch, wenn ich sagen sollte auf ewig, ich würde es nicht aushalten. Leb’ wohl, Lotte! Leb’ wohl, Albert! Wir sehn uns wieder«. – »Morgen, denke ich«, versetzte sie scherzend. – Ich fühlte das Morgen! Ach, sie wußte nicht, als sie ihre Hand aus der meinen zog – Sie gingen die Allee hinaus, ich stand, sah ihnen nach im Mondscheine und warf mich an die Erde und weinte mich aus und sprang auf und lief auf die Terrasse hervor und sah noch dort unten im Schatten der hohen Lindenbäume ihr weißes Kleid nach der Gartentür schimmern, ich streckte meine Arme aus, und es verschwand.

— Goethe (1749-1832), Die Leiden des jungen Werther.


APRES LA BATAILLE

Mon père, ce héros au sourire si doux,
Suivi d’un seul housard qu’il aimait entre tous
Pour sa grande bravoure et pour sa haute taille,
Parcourait à cheval, le soir d’une bataille,
Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.
Il lui sembla dans l’ombre entendre un faible bruit.
C’était un Espagnol de l’armée en déroute
Qui se traînait sanglant sur le bord de la route,
Râlant, brisé, livide, et mort plus qu’à moitié.
Et qui disait: - A boire! à boire par pitié ! -
Mon père, ému, tendit à son housard fidèle
Une gourde de rhum qui pendait à sa selle,
Et dit: - Tiens, donne à boire à ce pauvre blessé. -
Tout à coup, au moment où le housard baissé
Se penchait vers lui, l’homme, une espèce de maure,
Saisit un pistolet qu’il étreignait encore,
Et vise au front mon père en criant: Caramba!
Le coup passa si près que le chapeau tomba
Et que le cheval fit un écart en arrière.
- Donne-lui tout de même à boire, dit mon père.

— Victor Hugo (1802-1885), in La Légende des siècles (nrf).


Vivez, froide Nature, et revivez sans cesse
Sous nos pieds, sur nos fronts, puisque c’est votre loi,
Vivez, et dédaignez, si vous êtes déesse,
L’homme, humble passager, qui dut vous être un roi ;
Plus que tout votre règne et que ses splendeurs vaines,
J’aime la majesté des souffrances humaines,
Vous ne recevrez pas un cri d’amour de moi.

Mais toi, ne veux-tu pas, voyageuse indolente,
Rêver sur mon épaule, en y posant ton front ?
Viens du paisible seuil de la maison roulante
Voir ceux qui sont passés et ceux qui passeront.
Tous les tableaux humains qu’un Esprit pur m’apporte,
S’animeront pour toi quand, devant notre porte,
Les grands pays muets longuement s’étendront.

Nous marcherons ainsi, ne laissant que notre ombre
Sur cette terre ingrate où les morts ont passé ;
Nous nous parlerons d’eux à l’heure où tout est sombre,
Où tu te plais à suivre un chemin effacé,
A rêver, appuyée aux branches incertaines,
Pleurant, comme Diane au bord de ses fontaines,
Ton amour taciturne et toujours menacé.

— Dernières strophes de “La Maison du berger”, extrait des Poèmes philosophiques d’Alfred de Vigny (1797-1863).